Le décalage entre le radicalisme artistique du début du siècle et les avant-gardes musicales était donc très fort dans les premières décennies du xxe siècle. Satie ne déclarait-il pas lui-même que « l’évolution musicale est toujours en retard de cent ans par rapport à l’évolution picturale »? Dès lors on ne doit pas être surpris que Stravinski ait manifesté un dédain aristocratique à l’endroit du cinématographe et que Schönberg hésita devant les possibilités que celui-ci ouvrait à la musique, allant jusqu’à inverser l’approche traditionnelle du problème en assignant au cinéma la tâche d’accompagner le son et non l’inverse!
Refus, reniement et contradiction accompagnent donc l’histoire de la musique de cinéma au début du siècle.
Situation délicate où l’on entravait l’accès de la musique savante au cinéma en éloignant les compositeurs qui exercèrent un rôle majeur dans l’évolution musicale des premières années du xxe siècle en particulier, il faut le souligner, les compositeurs dont le langage se serait prêté au commentaire sonore.
Les Six en revanche, par leur inlassable recherche expérimentale et leur pratique délibérément provocatrice, également parce qu’ils savaient être dans un contexte où tout était possible, pénétrèrent dans cet univers et obtinrent des résultats. Leur présence n’en est que plus précieuse car le langage même qui caractérise leur musique se révéla particulièrement
approprié au commentaire cinématographique. Cette stylistique est précisément repérable dans les deux œuvres que nous allons évoquer, la bien connue partition de Satie et le Bœuf sur le toit de Milhaud, assez connue également mais dont le destin cinématographique exige quelques explications.
Roberto Calabretto, « Satie, Milhaud et le « collage » musical », 1895, n°38, Musique !, 2002, [En ligne], mis en ligne le 28 novembre 2007. URL : http://1895.revues.org/document225.html. Consulté le 14 janvier 2008.
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